Étude de cas en pathologie clinique : Péritonite infectieuse féline chez un chat

 

Informations contextuelles

Age : 9 ans
Sexe : mâle
Espèce : félin
Race : chat domestique à poil long
Anamnèse : anorexie

Signes cliniques

  • À l’échographie, du liquide abdominal a été noté, ainsi qu’une hépatomégalie et une splénomégalie.
  • Un échantillon de liquide abdominal a été prélevé pour examen cytologique, ainsi que des aspirations du foie.

Description cytologique et interprétation

Liquide abdominal : le frottis direct est modérément à très cellulaire et les cellules sont retrouvées individuellement, ainsi qu’en amas lâches. Les macrophages et les neutrophiles non-dégénérés prédominent. Des lymphocytes sont aussi occasionnellement observés. L’arrière-plan contient un fluide riche en protéines, ainsi qu’un faible nombre d’érythrocytes.

Foie : la lame la plus diagnostique est très cellulaire et d’excellente qualité. Les hépatocytes ont exfolié en agrégats et en feuillets. Ils sont généralement uniformes et démontrent une morphologie nucléaire normale. Des accumulations de matériel bleu-vert (lipofuscine) et vert-brun (bile) sont visibles à l’intérieur de plusieurs hépatocytes, ainsi qu’entre les hépatocytes. Un faible nombre d’hépatocytes démontrent une légère vacuolisation/raréfaction cytoplasmique. Des cellules inflammatoires sont entremêlées aux hépatocytes, en nombre modéré à élevé. On note principalement des grandes cellules rondes (présumées être des macrophages) qui forment souvent de grands agrégats. Ces cellules possèdent une quantité modérée à élevée de cytoplasme légèrement basophilique. Leur noyau est généralement ovale, mais leur contour est souvent inégal. La chromatine varie de lisse à légèrement granulaire. Des neutrophiles sont aussi présents en nombre modéré à élevé, ainsi que de rares lymphocytes et plasmocytes. L’arrière-plan contient du sang, des débris cellulaires, un fluide basophilique et des amas de matériel magenta (lubrifiant).

Interprétaton : Les observations cytologiques sont compatibles avec une effusion abdominale exsudative et avec une inflammation pyogranulomateuse du foie. Aucun micro-organisme n’a été identifié. Cependant, la cause la plus probable pour ces observations est une infection par le virus de la péritonite infectieuse féline (PIF).

 

Procédures diagnostiques supplémentaires

Le liquide abdominal a été soumis pour un test PCR pour le coronavirus félin, avec détermination du biotype. Il s’est avéré positif pour le biotype de la péritonite infectieuse féline (PIF). Le patient a été euthanasié et des échantillons tissulaires soumis pour évaluation histopathologique ont également démontré des lésions compatibles avec la PIF.

 

Discussion

Le coronavirus félin (FCoV) est retrouvé partout à travers le monde et son taux de prévalence est élevé1. Dans la majorité des cas, l’infection se limite au tractus gastro-intestinal et n’entraîne aucun signe clinique, ou seulement une légère entérite. Cependant, jusqu’à 12% des chats infectés par le FCoV peuvent développer la PIF2. La PIF est une maladie systémique pyogranulomateuse sévère dont la progression est rapide et ultimement fatale1. Cette maladie est bien connue pour être difficile à diagnostiquer parce qu’elle entraîne des signes cliniques vagues/non-spécifiques et parce que la prévalence d’infection par le FCoV dans la population féline est élevée. Comme elle est associée à un pronostic grave, plusieurs chats sont euthanasiés suite à un diagnostic présomptif de PIF. Deux biotypes du FCoV ont été identifiés dont l’issue clinique est très différente : le coronavirus entérique félin (FECV) et le virus de la péritonite infectieuse féline (PIF). Le test RealPCR d’IDEXX pour la détection du virus de la PIF permet de faire la différence entre le biotype bénin (FECV) et le biotype fatal (PIF). Ce test devrait être utilisé chez les patients dont les données cliniques et laboratoires sont compatibles avec la PIF afin de confirmer le diagnostic. Dans les cas où une forme humide de PIF est soupçonnée, le test devrait être effectué sur le liquide abdominal ou thoracique. Par contre, lorsqu’une forme sèche est soupçonnée, des aspirations ou des biopsies de tissus atteints sont requises. Il n’est pas recommandé d’effectuer le test sur du sang entier, ni sur des échantillons fécaux.

Le test RealPCR pour la détection du virus de la PIF permet d’établir un diagnostic plus définitif, sans qu’il ne soit nécessaire de procéder à des biopsies, à l’histopathologie et à l’immunohistochimie.

Puisque le prélèvement des échantillons pour le test RealPCR est moins invasif, le diagnostic de la PIF est maintenant à la portée d’un plus grand nombre de patients. Il permet d’établir le diagnostic avec un plus grand degré de confiance. Par conséquent, les vétérinaires et les propriétaires peuvent prendre la meilleure décision pour leurs animaux, tout en minimisant les coûts pour des procédures diagnostiques supplémentaires et des traitements inefficaces. Ultimement, il permet aux propriétaires d’avoir des interactions de meilleure qualité avec leur compagnon pour le temps qu’il leur reste.

À propos de l'auteur

Heidi Peta DVM, MVSc, DACVP

Dre Peta a reçu son DMV du Western College of Veterinary Medicine (WCVM) en 2002. Elle a travaillé pendant un an dans une clinique pour animaux de compagnie à Edmonton en Alberta avant de retourner au WCVM en 2003 pour y entreprendre une résidence de trois ans en pathologie clinique. Après sa dernière année de résidence, Dre Peta obtient sa certification de l’ACVP. Avant de se joindre à l’équipe des Laboratoires de référence IDE XX, elle a travaillé dans un laboratoire vétérinaire près de Seattle.

Les intérêts professionnels de Dre Peta portent sur l’endocrinologie des animaux de compagnie et la pathologie des animaux aquatiques.

Si vous avez des questions concernant ce cas ou vous souhaitez discuter du diagnostic, n’hésitez pas de communiquer avec l'auteur.

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Références :

  1. Sykes et al. Canine and Feline Infectious Diseases, 1ère éd. St-Louis: Saunders Elsevier, c2014. Chapitre 20, Feline Corona virus infection; pp. 195-207.
  2. Addie D, Belák S, Boucraut-Baralon C, et al. Feline infectious peritonitis. ABCD guidelines on prevention and management. J Feline Med Surg. 2009;11(7):594–604.

 

Tous les cas ont été suscités par des soumissions aux pathologistes d’IDEXX Canada à leur laboratoire régional.

Dans le but de protéger la confidentialité de nos clients et de leurs patients, les informations contextuelles de nos études sont  légèrement modifiées.