L’exposition aux maladies transmises par les tiques augmente le risque de développer une maladie rénale chronique

Introduction


Le contact avec les tiques est de plus en plus difficile à éviter. Ces parasites adaptables sont responsables de la propagation de diverses maladies dans l’ensemble des États-Unis et leur ampleur est croissante. Afin de protéger nos animaux domestiques et nous-mêmes, nous devons rester vigilants face à ces risques. Ceci implique un dépistage régulier des animaux domestiques, y compris les animaux asymptomatiques ou qui semblent en bonne santé, afin d’identifier une exposition à des tiques infectées.

N’oubliez pas qu’une seule tique peut transmettre de multiples agents infectieux qui peuvent causer des maladies graves, dont une maladie rénale. L’impact néfaste d’une certaine infection sur la santé d’un animal domestique peut parfois être difficile à vérifier, en particulier chez les animaux domestiques asymptomatiques.

La présentation clinique de la maladie de Lyme et celle de l’ehrlichiose sont contradictoires


Pour la maladie de Lyme, des études d’infection contrôlée ont montré que seule une proportion des chiens ayant une pathologie articulaire montre des signes cliniques de polyarthrite1,2. Un nombre encore plus petit de chiens exposés montre une atteinte rénale grave manifestée par une néphropathie avec perte de protéines aiguë, évolutive et souvent fatale, généralement reconnue comme étant la néphrite associée à la maladie de Lyme3. Par conséquent, se baser uniquement sur les signes cliniques de léthargie ou de  boiterie affectant un membre changeant peut ne pas être suffisant pour alerter les vétérinaires sur un processus de maladie sous-jacente affectant les articulations, les reins ou d’autres systèmes de l’organisme.

De même, pour Ehrlichia, les médecins peuvent se baser sur des anomalies hématologiques et biochimiques, comme la thrombocytopénie et l’hyperglobulinémie, pour indiquer une infection active chez un chien séropositif. Cependant, au cours de la phase subclinique de l’ehrlichiose, ces anomalies peuvent être inconstantes ou légères4 à cause de mécanismes de compensation.

Conception des études


Une étude rétrospective a été réalisée chez IDEXX pour déterminer si une exposition à une maladie transmise par les tiques pouvait être associée à une augmentation du risque de maladie rénale.5 Les résultats d’un bilan biochimique complet (incluant le test IDEXX SDMA) et d’une analyse d’urine complète pour chaque patient ont été obtenus dans la base de données des Laboratoires de référence IDEXX entre le 13 juillet 2015 et le 17 janvier 2017. Les données des maladies vectorielles ont été obtenues pour ces mêmes patients à partir d’une combinaison de la base de données des Laboratoires de référence IDEXX et de la base de données interne IDEXX (IDEXX SmartService Solutions) entre le 1 janvier 2003 et le 1 janvier 2017. Pour être inclus dans l’analyse, un patient doit avoir été identifié comme un chien résidant aux États-Unis, étant âgé d’au moins 1 an et possédant au moins un résultat de test SNAP 3Dx, SNAP 4Dx ou SNAP 4Dx Plus, au moins un résultat de test IDEXX SDMA et un résultat de créatinine. Au total, 846 626 patients canins uniques répondaient à ces critères.

Les patients exposés à des tiques infectées ont été définis comme ceux ayant au minimum un résultat positif pour une maladie vectorielle dans leurs antécédents médicaux disponibles. Les patients qui n’avaient pas été exposés à des tiques infectées ont été définis comme ceux n’ayant aucun résultat positif pour une maladie vectorielle dans leurs antécédents médicaux disponibles. Une maladie rénale chronique (MRC) bien établie a été définie comme une augmentation simultanée de la SDMA (> 14 μg/dL) et de la créatinine (> 1,5 mg/dL) pendant un minimum de 25 jours avec une densité urinaire inappropriée (USG < 1,030) pendant cette période. De plus, afin d’établir la persistance, ni les niveaux de SDMA ni ceux de créatinine ne devaient revenir dans des plages normales dans les antécédents médicaux disponibles du patient.

L’âge du chien, sa race et sa région géographique (des variables n’étant pas l’objet de l’étude) ont été contrôlés pour réaliser des groupes d’exposition de patients en utilisant une correspondance du coefficient de propension. Pour chaque maladie vectorielle, la maladie de Lyme et Ehrlichia, un modèle logistique a été créé pour prédire la probabilité d’appartenance de chaque patient au groupe d’exposition en utilisant les facteurs suivants : âge (séparation par année), race (161 niveaux) et région (jusqu’à 22 niveaux en fonction de la maladie vectorielle).

La probabilité d’exposition a ensuite été utilisée pour faire correspondre chaque patient exposé à quatre patients non exposés en utilisant un algorithme du plus proche voisin. Des tableaux de contingence ont ensuite été utilisés pour comparer les variables dichotomiques de l’exposition aux tiques infectées et la conséquence en ce qui concerne la MRC. De plus, les résultats des patients ont été analysés en fonction des géographies connues pour une transmission locale de Borrelia burgdorferi (agent responsable de la maladie de Lyme) et de E. canis (figure 1). L’estimation du risque relatif de MRC a ensuite été calculée. 

Figure 1. Population de patients évaluée par emplacement aux États-Unis. Chaque point bleu et rouge représente le code postal d’origine de la clinique envoyant l’échantillon d’un patient. Les régions en rouge représentent celles utilisées pour les analyses de la maladie de Lyme et de E. canis.

Résultats


La population des patients canins utilisés dans cette étude était d’un âge compris entre 1 et 25 ans, comprenait tous les genres et toutes les races (160 races nommées plus les « autres » représentant 34,4 % de la population). Le risque relatif de MRC pour les patients exposés aux tiques porteuses de B. burgdorferi dans la région définie de la maladie de Lyme a été calculé à 1,43 avec un intervalle de confiance (IC) de 95 % [1,27, 1,61], P < 0,0001. Le risque relatif de MRC pour les patients exposés aux tiques porteuses d'Ehrlichia pour l’ensemble des États-Unis a été calculé à 1,12 avec un intervalle de confiance (IC) de 95 % [0,90, 1,39], P = 0,2858. Le risque relatif de MRC pour les patients exposés aux tiques porteuses d'Ehrlichia dans la région de E. canis a été calculé à 4,00 avec un intervalle de confiance (IC) de 95 % [1,67, 9,59], P = 0,0026. Pour chaque comparaison qui a été réalisée, la signification statistique a été définie par une valeur de P < 0,05. Un résumé de chaque comparaison est indiqué dans la figure 2.

Figure 2. Résultats du nombre de patients par catégorie comme suite à la correspondance du coefficient de propension pour la maladie de Lyme, Ehrlichia et E. canis.

Conclusions


Les chiens avec des anticorps au peptide C6 de B. burgdorferi avaient un risque accru de 43 % de développer une MRC, et les chiens avec des anticorps de Ehrlichia dans les zones endémiques de E. canis avaient un risque accru de 300 % de développer une MRC. Les deux résultats étaient statistiquement significatifs et cliniquement pertinents et indiquaient qu’une surveillance régulière de ces patients séropositifs est médicalement nécessaire. Les chiens exposés à Ehrlichia, dans toutes les régions des États-Unis et non seulement dans les zones endémiques de E. canis, n’ont montré aucune augmentation significative du risque de MRC. Même si la conception de cette étude rétrospective ne permet pas de déterminer une relation causale, les résultats montrent une association statistiquement significative entre des résultats positifs au test de la maladie de Lyme ou de Ehrlichia et un risque accru de MRC dans les zones endémiques. Il faut noter que, bien que E. canis soit présent à une fréquence plus élevée dans certaines régions géographiques des États-Unis, des chiens infectés par E. canis peuvent se trouver dans l’ensemble des États-Unis. E. canis a été identifié par des tests d’amplification en chaîne par polymérase (PCR) sur les échantillons envoyés aux laboratoires de référence IDEXX par 42 des 50 états depuis 2011. Dépister les patients exposés à des tiques infectées par un bilan biochimique incluant le test IDEXX SDMA, qui détecte un biomarqueur spécifique et très sensible de la fonction rénale, peut aider à identifier de manière précoce une maladie rénale qui peut être une complication des maladies vectorielles comme la maladie de Lyme et l’ehrlichiose.

Les chiens symptomatiques qui ont été exposés aux tiques infectées avec B. burgdorferi ou Ehrlichia ont un risque accru de maladie multisystémique.3,6 Cette étude appuie le fait que les chiens dont le test est positif pour la maladie de Lyme ou pour Ehrlichia sont associés à une augmentation statistiquement significative du risque de développer une MRC dans les zones endémiques. Les chiens qui répondent aux critères de définition d’une MRC dans cette étude ont un âge moyen de 11 ans, avec une plage entre 1 et 19 ans. La conception de cette étude ne permet pas de tirer de conclusions concernant la chronologie du développement d’une MRC en relation avec la première exposition à une maladie vectorielle; elle indique que ces patients sont associés à un risque accru de MRC. Les données ont identifié qu’un animal a eu un résultat positif pour une maladie vectorielle, mais n’indiquaient pas quand l’exposition réelle s’était produite. Par conséquent, les patients de tout âge qui sont testés positivement pour la maladie de Lyme  ou Ehrlichia doivent être étudiés pour une évaluation complète. À chaque visite annuelle, le patient doit subir un examen physique, un hémogramme complet (FSC), un bilan biochimique complet avec le test IDEXX SDMA et une analyse d’urine complète afin de surveiller les maladies multisystémiques.

Comme noté par l’International Renal Interest Society (IRIS), la créatinine peut se trouver dans l’intervalle de référence au cours des premières étapes d’une maladie rénale et des tests en série peuvent être nécessaires pour identifier les augmentations de créatinine.7 Par conséquent, le test IDEXX SDMA est un composant essentiel du bilan biochimique pour identifier quand la fonction rénale d’un patient commence à décliner. La SDMA, diméthylarginine symétrique, est excrétée par les reins en fonction du taux de filtration glomérulaire (TFG) du patient. Les concentrations en SDMA augmentent dans la circulation sanguine plus tôt que les biomarqueurs traditionnels des reins, quand la perte de fonction rénale est seulement de 25 % et la réduction moyenne est de 40 % du TFG.8–10 En revanche, la créatinine n’augmente pas avant une perte de 75 % de la fonction rénale, généralement quand les patients atteints de MRC ont une perte importante de néphrons et quand la maladie est plus avancée et a plus de chance de progresser, ce qui limite les choix de traitement. La SDMA n’est pas seulement plus sensible, mais également plus spécifique que la créatinine, car elle est indépendante de la masse corporelle maigre.11,12

Chez les patients atteints de maladie vectorielle pouvant avoir d’autres problèmes systémiques ou boiteries chroniques causant une perte de masse musculaire, les concentrations en créatinine ne seront plus une bonne estimation de la fonction rénale. Intégrer les tests de la SDMA dans le profil diagnostique aidera à découvrir les changements rénaux qui pourraient être manqués, car la SDMA est un biomarqueur plus fiable que la créatinine. Chez les patients séropositifs pour B. burgdorferi, le test quantitatif des anticorps C6 pour la maladie de Lyme (test Lyme Quant C6 ) est également recommandé.

Détecter une SDMA accrue chez un chien avec une exposition vérifiée aux tiques demande de prendre des mesures immédiates pour investiguer, prendre en charge et surveiller une possible maladie rénale en suivant les conseils de l’algorithme de diagnostic du test IDEXX SDMA.* Si les augmentations de SDMA sont stables, le traitement de la MRC basé sur la classification de l’International Renal Interest Society (IRIS) peut être initié. Des preuves récentes d’une étude prospective sur des chiens appartenant à des clients et atteints d’une MRC de stade 113 selon l’IRIS, confirment les découvertes indiquant qu’une nutrition adaptée associée à une diète rénale thérapeutique est la clé pour un traitement précoce de la MRC.14 Des recherches concernant les avantages d’une intervention précoce pour la MRC sont en cours..

En résumé, cette étude a identifié une association entre les chiens dont les résultats sont positifs au test de la maladie de Lyme ou d’Ehrlichia et un risque accru de MRC dans les zones endémiques. Une limitation de cette étude est le fait que la conception ne permet pas de déduire une relation causale, mais elle indique plutôt une association statistiquement significative entre les deux conditions. Les limitations de l’étude incluent également le fait que les données n’identifient pas : (1) le moment de l’exposition aux tiques, (2) le moment de l’apparition de la maladie vectorielle, (3) la présentation clinique, (4) le traitement ou (5) le résultat sur le patient. Des études ultérieures doivent être menées pour explorer ces domaines.

Identifier l’exposition avec le test SNAP 4Dx Plus

Le test pour usage clinique le plus fiable pour le dépistage des maladies vectorielles

 

En savoir plus

 

Références

  1. Summers BA, Straubinger AF, Jacobson RH, Chang YF, Appel MJ, Straubinger RK. Histopathological studies of experimental Lyme disease in the dog. J Comp Pathol. 2005;133(1):1-13.
  2. Wagner B, Johnson J, Garcia-Tapia D et al. Comparison of effectiveness of cefovecin, doxycycline, and amoxicillin for the treatment of experimentally induced early Lyme borreliosis in dogs. BMC Vet Res. 2015;11:163.
  3. Littman MP. Lyme nephritis. J Vet Emerg Crit Care. 2013;23(2):163–173.
  4. Harrus S, Waner T. Diagnosis of canine monocytotropic ehrlichiosis (Ehrlichia canis): an overview. Vet J. 2011;187(3):292–296.
  5. Données de référence enregistrées à IDEXX Laboratories, Inc., Westbrook, Maine, États-Unis.
  6. Little SE. Ehrlichiosis and anaplasmosis in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2010;40(6):1121-1140.
  7. Syme H. CKD early diagnosis. Site web de l’International Renal Interest Society. www.iris-kidney.com/education/early_diagnosis.html. Publié en 2016. Consulté le 14 mars 2018.
  8. Nabity MB, Lees GE, Boggess M et al. Symmetric dimethylarginine assay validation, stability, and evaluation as a marker for early detection of chronic kidney disease in dogs. J Vet Intern Med. 2015;29(4):1036-1044.
  9. Hall JA, Yerramilli M, Obare E, Yerramilli M, Jewell DE. Comparison of serum concentrations of symmetric dimethylarginine and creatinine as kidney function biomarkers in cats with chronic kidney disease. J Vet Intern Med. 2014;28(6):1676-1683.
  10. Hall JA, Yerramilli M, Obare E, Yerramilli M, Almes K, Jewell DE. Serum concentrations of symmetric dimethylarginine and creatinine in dogs with naturally occurring chronic kidney disease. J Vet Intern Med. 2016;30(3):794-802.
  11. Hall JA, Yerramilli M, Obare E, Yerramilli M, Yu S, Jewell DE. Comparison of serum concentrations of symmetric dimethylarginine and creatinine as kidney function biomarkers in healthy geriatric cats fed reduced protein foods enriched with fish oil, L-carnitine, and medium-chain triglycerides. Vet J. 2014;202(3):588–596.
  12. Hall JA, Yerramilli M, Obare E, Yerramilli M, Melendez LD, Jewell DE. Relationship between lean body mass and serum renal biomarkers in healthy dogs. J Vet Intern Med. 2015;29(3):808-814.
  13. Hall JA, Fritsch DA, Yerramilli M, Obare E, Yerramilli M, Jewell DE. A longitudinal study on the acceptance and effects of a therapeutic renal food in pet dogs with IRIS-Stage 1 chronic kidney disease. J Anim Physiol Anim Nutr. In press.
  14. Polzin DJ. Evidence-based step-wise approach to managing chronic kidney disease in dogs and cats. J Vet Emerg Crit Care. 2013;23(2):205-215.

*L’algorithme de diagnostic IDEXX SDMA est disponible à l’adresse idexx.ca/fr/AlgorithmeSDMA.
†Pour plus d’informations sur les directives de classification et de traitement de la MRC de l’IRIS, consultez idexx.ca/fr/ClassificationIRIS.